Guy REIBEL

Témoignage

J'ai rencontré Maurice Ohana lors de mon arrivée au G.R.M., en 1993. L'attirance pour l'homme et le musicien a été immédiatement totale. Il m'apportait, par son propos et sa musique, quelque chose qui s'est révélé, par la suite, d'une importance décisive dans ma propre histoire : la couleur, la lumière, l'énergie. Une force première, à l'origine de toutes les musiques, qui donne la vie et propulse le rythme, la mélodie, l'harmonie et le timbre, toutes ces composantes indissociables de la musique. Il a réussi, dans ses œuvres, ce tour de force d'être à l'avant garde d'une recherche réellement novatrice et d'effectuer un retour aux sources de la musique, comme pour mieux enraciner sa pensée, son geste.

Notre première rencontre sur le terrain a réellement eut lieu en 1971 avec la création " d' Autodafé ", au festival de chant choral de Vaison la Romaine, œuvre dans laquelle intervenait un chœur de foule de plusieurs milliers de participants accompagnant leur chant de frappement de galets. Sonorité extraordinaire de ces milliers de galets entrechoqués dans le théâtre romain, dans une ambiance exaltée, sous le regard terrorisé des organisateurs !

Ce fut ensuite " Le lys de Madrigaux ", perle musicale d'une rare beauté, pour voix de femmes, cithare, orgue, piano et percussion. Le miracle de cette œuvre, c'est le mélange des harmonies vocales et des résonances. Une fusion parfaite entre voix, résonances de cithare, piano, percussion, accords de l'orgue positif, matière sonore originale et inouïe. Une musique jubilatoire, au delà de tout ce que l'on connaissait.

J'ai sollicité plus tard Maurice, à l'époque où je dirigeais le Groupe Vocal de France, afin qu'il compose une œuvre pour les 12 chanteurs de ce groupe. Il a d'abord fait la sourde oreille nous demandant de chanter " Cris ", une œuvre plus ancienne, fort difficile. Nous avons accédé à sa demande avec plaisir, et il a fini par débarquer un jour chez moi avec " Swan Song ", spécialement composée pour nous. Ce fut immédiatement le bonheur, l'œuvre devint aussitôt une œuvre de base de notre répertoire.

J'ai dirigé plusieurs de ses œuvres, chaque fois avec la même ivresse. Je me souviens en particulier d'un concert où fut donné " l'Office des Oracles " à Saintes, en 1978, avec Jocelyne Taillon et l'Orchestre Philharmonique de la Radio. Ce fut un triomphe, l'œuvre fut bissée. Une œuvre de 40 minutes !

Guy Reibel


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